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Outre la sélection "Terres d'Afrique ", nous avons aussi aimé

d'autres romans et récits que nous avons découverts au cours de nos lectures sur ce thème

Niels Labuzan – Ivoire – JC Lattès 2019 (Botswana)

Un tiers des éléphants d’Afrique se réfugient au Botswana, du delta de l’Okavango à la rivière Chobe communiquant entre eux, à la recherche d’une terre où ils trouveraient la paix. Mais ces paysages sauvages sont le théâtre d’une guerre sans merci, celle des hommes qui cherchent à protéger ces grands animaux de la convoitise des braconniers. Un beau combat mené avec une plume qui met nos sens en émoi, on se sent éléphant !
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Natacha Appanah – Tropique de la violence – Gallimard (Mayotte)

Abandonné par sa mère, Moïse vit une enfance protégée de la misère auprès de sa mère adoptive. Lorsque cette dernière meurt, sa vie bascule dans la violence de la rue comorienne.
Une description poétique et réaliste de Mayotte, dont les bidonvilles, véritables poudrières sont le terrain de chasse de politiciens véreux et le bain de réalité d’humanitaires dépassés.
Un roman polyphonique, qui donne la voix à tous ses personnages, comme un coup de cœur, coup de poing, beau et terrible à la fois.
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La route des clameurs - Ousmane Diarra - Gallimard, 2014

Un matin, mon papa a fait apparaître un grand tableau vierge qu'il avait soigneusement caché dans la maison...Il s'est installé dans la rue, il s'est mis à peindre. Il avait presque les yeux fermés. Les gens s'arrêtaient pour le regarder comme on regarde un animal sauvage au zoo. Il a travaillé ainsi toute la journée. C'est à la nuit tombante que j'ai vu enfin surgir de ses pinceaux un vieux cochon…

C'est un enfant de dix ans qui raconte...Fils d'un peintre, plasticien célèbre dans le monde entier, il vit au Mali dans une famille sans histoire, à l'abri du besoin.
Tout bascule lorsque le pays est progressivement envahi par des islamistes sous la férule d'un Calife autoproclamé, ignorant et féroce. Des violences, des exactions sont commises au nom d'Allah par des gens peu éduqués, des enfants manipulés. Son frère aîné, puis sa mère et sa sœur seront embrigadés de force. Lui-même sera pris. Seul le père continuera à résister avec l'espoir de voir la justice et la liberté triompher de nouveau. Mais à quel prix !
On suit ainsi de l'intérieur cette escalade de la barbarie dans l'absurdité et l'obscurantisme des guerres religieuses.
C'est un roman très fort dont certains passages sont durs. Ce qui le rend attachant, c'est la naïveté, la fraîcheur de la voix de l'enfant qui, comme son père, garde l'espoir.

Nous avons marché encore toute une journée et toute la nuit. Il fallait éviter les clairières. C'est là qu'il y avait le plus grand danger. Pas à cause de ces méchants génies de la brousse dont notre mère nous parlait souvent...Mais des œufs de la mort !..Même que la pluie elle-même avait peur de tomber, désormais...

Un océan, deux mers, trois continents de Wilfried N'Sondé - Actes Sud, 2018

Il s'appelle Nsaku Ne Vunda, il est né vers 1583 sur les rives du fleuve Kongo. Orphelin élevé dans le respect des ancêtres et des traditions, éduqué par les missionnaires, baptisé Dom Antonio Manuel le jour de son ordination, le voici, au tout début du XVIIe siècle, chargé par le roi des Bakongos de devenir son ambassadeur auprès du pape. En faisant ses adieux à son Kongo natal, le jeune prêtre ignore que le long voyage censé le mener à Rome va passer par le Nouveau Monde, et que le bateau sur lequel il s'apprête à embarquer est chargé d'esclaves. Roman d'aventures et récit de formation, Un océan, deux mers, trois continents plonge ce personnage méconnu de l'Histoire, véritable Candide africain armé d'une inépuisable compassion, dans une série de péripéties qui vont mettre à mal sa foi en Dieu et en l'homme. Tout d'ardeur poétique et de sincérité généreuse, Wilfried N'Sondé signe un ébouriffant plaidoyer pour la tolérance qui exalte les nécessaires vertus de l'égalité, de la fraternité et de l'espérance. ..

La divine chanson d'Abdourahman A. Wabéri (Djibouti) - Zulma, 2015

C'est l'histoire du Bob Dylan noir, le chanteur, compositeur, poète, Gil Scott Heron, qui dans le livre prend le nom de Sammy l'enchanteur, racontée par un vieux chat roux, qui vit sa septième vie en compagnon et groupie du célèbre chanteur. On se promène entre la naissance du blues sur les rives du Mississipi jusqu'aux scènes internationales du jazz en passant par le maitre soufi du chat philosophe, l'engagement politique de Sammy, son influence sur les populations noires des ghettos, sur les grands musiciens de jazz, ses fulgurances, ses errances, ses succès, les dérives dues à la drogue, l'alcool, sa fierté, son refus de toute compromission. La divine chanson trace un parcours de vie peu connu qui mérite de se plonger à nouveau dans l'oeuvre de ce musicien de génie.

Aux Etats-Unis d'Afrique d'Abdourahman A. Wabéri (Djibouti) - Jean Claude Lattès, 2006

Un livre écrit à la deuxième personne, une proximité liée au tutoiement, construit comme une fable avec en chaque entame de chapitre une phrase « où il est question.... ». Il s'adresse à une jeune fille, une artiste, sculptrice, peintre, en quête d'identité. C'est une parodie qui met l'Afrique à la place de l'Amérique, pays souverain, riche où tous les pauvres migrants viennent s'agglutiner pour se faire soigner, trouver du travail. Une inversion des rôles qui pourrait être crédible quand on connaît la richesse de l’Afrique pourvoyeuse de pétrole, de minerais, d’or, d’argent, de pierres précieuses, de minerais, de caoutchouc, etc...Le livre est érudit, bien écrit mais il est aussi difficile à appréhender, il faut persister pour entendre la musique et se laisser bercer par le discours qui nous pénètre peu à peu. Une découverte étonnante.

Tu ne perds rien pour attendre de Janis Otisemi (Gabon)- Plon, 2017

Polar noir comme il se doit dans un Gabon gangréné par la corruption. L'action se passe à Libreville, les flics sont machos et alcooliques mais certains ont un sens de l'honneur et, bien que très portés eux-mêmes sur le sexe, ils ne supportent pas que des femmes soient violées, abusées. Il a suffit que le fantôme d'une jeune femme, morte depuis deux ans, lui apparaisse pour que le lieutenant reprenne aussitôt l'enquête classée sans suite.

Enquête assez plaisante à suivre où il est question de familles corses appuyées par Pasqua et le président de France Afrique, Omar Bongo qui assurent leur puissance financière dans des casinos et trafics en tout genre, drogue et cocaïne, en l’occurrence avec la Colombie.…L’histoire policière est évidemment le prétexte à dénoncer la corruption qui gangrène le pays.

Black Mamba Boy de Nadifa Mohamed (Somalie) - Phébus, 2011 - Traduction : Françoise Pertat

Je suis le griot de mon père, ceci est un hymne à sa gloire. Je vais vous conter sa vie, afin d’inscrire – avec toute la magie que sa mère lui a cousue sous la peau – sa chair et son sang dans l’histoire. Car je veux faire de lui un héros, non pas taillé dans l’étoffe des guerriers ni des romantiques, mais plutôt dans celle, bien réelle, du gamin affamé qui survit aux flèches et aux coups que la fortune hostile destine à ceux de son espèce.

Ce premier roman de Nadifa Mohamed débute à Aden, au Yémen, en 1935. Il retrace la vie mouvementée de Jama, un enfant des rues dont le père a disparu peu après la naissance et dont la mère lui jure qu’il est né sous une bonne étoile. A la mort de celle-ci, Jama part à la recherche de son géniteur. Ce périple rendu incandescent par la croyance en une terre promise, lui fait traverser l’Abyssinie, la Somalie, l’Erythrée, le Soudan, l’Egypte et la Palestine. Mais chaque frontière franchie se révèle source de déception. Les décennies passent, les empires coloniaux s’effondrent, le monde change, cependant Jama l’aventurier demeure un laissé-pour-compte, malgré le serpent tatoué sur son bras, le fameux mamba noir. Evocation puissante de contrées en proie à la guerre, mais aussi roman de formation, Black Mamba Boy est une véritable épopée qui nous fait mieux comprendre le destin de cette partie du globe. On s’attache à Jama et même si certains passages sont rudes, mais comment l’éviter en Afrique, on touche du doigt l’essentiel, le désir et la nécessité d’aller voir ailleurs et le courage ou le réalisme du retour...Où se trouve la terre promise ? Ailleurs où, tant que l’illusion existe, tout semble possible, ou là où se trouve réellement ce qui compte le plus ? Belle réflexion en fin de compte sur la vie...

Lézardes de Beata Umubyeyi Mairesse (Rwanda) - La Cheminante, 2017

Recueil de nouvelles. L'innocence, aux frontières de la catastrophe. L'enfance que l'on rafistole dans ses souvenirs avec tendresse et lucidité.
Derrière la délicatesse des récits finement ciselés, Beata Umubyeyi Mairesse laisse sourdre la violence qui a frappé sa génération rwandaise, au printemps 1994.
Celles et ceux qui n'étaient encore que des enfants, celles et ceux qui sont devenus parents. Un enchevêtrement de vies qui se croisent sur plusieurs décennies. La brillante nouvelliste dessine ainsi une mosaïque aux couleurs vives et offre un portrait de groupe subtil où se mêlent désenchantement, magie et espoir.
Les enfants n’ont parfois pas les mots pour dire et ce sont les ressentis, les émotions, la difficulté de vivre pendant, après, qui surgit à chaque page, des frémissements qui disent l’absence, la folie, et le difficile chemin de la survie. Par petites touches délicates, on suit des parcours à hauteur d’enfant tout en fragilité et sincérité, une belle manière de conter l’ineffable.

Johnny, chien méchant d’Emmanuel Dongala (Congo) - Folio, 2013

Il a seize ans, il aime les films américains et les filles. Il se sent puissant et se croit invincible grâce à la mitraillette qu'il a entre les mains. Johnny Chien Méchant, sans avoir les moyens de réfléchir, se place du côté des vainqueurs ; il vole, viole et tue avec une cruauté dont il n'est même plus conscient. Laokolé a seize ans, elle aussi. Elle aime les mathématiques qui ordonnent le monde et rêve de devenir ingénieur. Ce matin, elle installe sa mère aux jambes brisées sur une brouette et entraîne son petit frère pour tenter d'échapper aux violences et aux pillages qui vont accompagner la prise de la ville par des milices armées.

Ces deux-là vont se croiser dans un Congo ravagé par la guerre civile, dans un sauve-qui-peut général où bourreaux comme victimes luttent pour leur survie. Empathique et cruellement réaliste, Emmanuel Dongala rend hommage au fol espoir des innocents et à la ténacité des faibles.

Livre éprouvant mais nécessaire. Johnny est un chien fou, il n’a aucun recul, aucune empathie, un enfant soldat, parfois, on sent l’enfant poindre sous la carapace mais il n’a plus la capacité de réfléchir en être humain. Laokolé, elle, qui aurait du sombrer mille fois, résiste à tout, un beau portrait d’adolescente.

Extraits :

« J'ai donc demandé à mon cerveau de se taire. De faire autre chose. Lire par exemple. Lire un livre sous les sifflements de roquettes comme on lit un roman avec de la musique en arrière-fond. Un livre peut vous faire oublier la mort. Cette pensée m'a fait sourire »

« Trois femmes dans un camp d'Afrique centrale, qui essayaient d'aider l'humanité; trois forces fragiles qui refusaient de baisser les bras devant l'indifférence du monde. Pourquoi faisaient-elles cela ? Pourquoi venir risquer leurs vies dans un pays où les gens étaient assez stupides pour ne rien trouver de mieux à faire que de s'entretuer pour le pouvoir et empêcher leurs enfants d'aller à l'école ? »

Le miel d’Harar de Camilla Gibb (Ethiopie/ Angleterre) - Actes Sud, 2013 - Traduit de l'anglais par Paule Noyart

Lilly, jeune Anglaise ayant passé son enfance au Maroc, a étudié le Coran et se révèle profondément croyante. Obligée de partir en Ethiopie, elle y découvre le fondamentalisme islamique tout en subissant le contexte politique dans lequel il prend de plus en plus d'importance. Que restera-t-il de sa religion et de son identité lorsqu'elle sera réduite à sa condition de femme et d'étrangère puis renvoyée à Londres ?

Ce roman offre, en plus de son intrigue passionnante, une immersion dans les contradictions de l'Islam.

Un livre sur l’exil, Lilly, née de parents hippies, élevée par un maitre marocain soufi, éprise d’un médecin éthiopien, elle enseignera le Coran aux enfants défavorisés, aura du mal à trouver sa place, étrangère partout, blanche et femme en Ethiopie, décalée et atypique à Londres où elle ne vivra qu’au milieu des africains exilés comme elle des terres d’Islam, un beau portrait de femme, une belle histoire, un récit d’initiation qui conte l’histoire, la religion, l’amour avec sensibilité..

Extraits :

« C'est à ce moment-là que j'ai compris pourquoi les soufis essaient d'effacer leur corps. Ce n'est pas parce qu'il est le réceptacle de parasites, ni parce qu'il exige de la nourriture, de l'eau et des heures de sommeil, mais parce qu'une simple bouche refermée sur un doigt peut anéantir les sentiments les plus sacrés, les intentions les plus pures. Une bouche refermée sur un doigt peut susciter un baiser, et ce baiser peut changer le monde ».

L’or des femmes de Mambou Aimée Gnali (Congo) - Folio, 2017

Conformément à la tradition vili du Congo, Bouhoussou est soumise aux désirs de ses soupirants selon les rites de l'initiation des filles nubiles. Parmi eux, Mavoungou, un beau jeune homme, est amoureux d'elle. Mais elle est destinée à épouser un homme noble et plus âgé, l’or des femmes. Ce roman illustre les carcans des coutumes africaines, devenus insupportables aux jeunes générations. Premier roman sensuel écrivant des coutumes sans doute très anciennes.

Le temps des hyènes de Carlo Lucarelli (Erythrée) - Anne-Marie Métailié, 2018 - Traduit de l'italien par Serge Quadruppani

L’action se situe à la fin du 19ème siècle, le sort des indigènes n'intéresse guère les colons italiens qui occupent l’Erythrée, on retrouve 3 d’entre eux pendus au plus haut sycomore d’Afelba, cela ne préoccupe pas les militaires, mais quand on découvre le corps du marquis Sperandio, propriétaire des terres, pendu à son tour, les autorités s'émeuvent. Aussitôt le capitaine des carabiniers royaux Colaprico et Ogbà, son Sherlock Holmes abyssin, accourent.

On les retrouve, ce n’est pas leur première enquête commune, Lucarelli a écrit d’autres livres avec ces deux enquêteurs atypiques qui se respectent, ce qui n’est pas courant à cette époque pour un italien et son bachi-bouzouk.

Ils ne sont pas parfaits, ils s'égarent dans des fausses pistes à dos de mulet, du port de Massaoua aux hauts plateaux d'Asmara : il faudra bien scruter la terre rouge. Une vieille sorcière, un étrange chien féroce, une princesse noire, d'anciennes amitiés, deux sales types qui cachent bien leur jeu et des métaphores à base de piment viennent épaissir le mystère.. L’originalité du livre vient aussi de l’écriture où l’italien se mélange aux langues locales, sinon tous les codes du polar sont présents, des vrais méchants, un racisme probant, la cupidité des colons, la droiture et l’honnêteté des deux héros, un peu pieds nickelés, une touche d’humour, des références à Sherlock Holmes, un compagnonnage avec Rimbaud en trafiquant d’armes, ce n’est pas un noir sombre, les méchants seront punis et c’est l’occasion de témoigner des conditions de vie des Érythréens à cette époque.....Agréable à lire.

L’étrange rêve d’une femme inachevée de Libar M. Fofana (Guinée) - Gallimard, 2012

L’étrange rêve d’une femme inachevée” est un livre plus agréable à lire que le “diable dévôt”, il s’agit du destin de deux soeurs siamoises dont la mère est morte en couches, le père s’est enfui par lâcheté, le village les a rejetées, les habitants effrayés par ce qu’ils considèrent comme un monstre. Elles sont adoptées par une vieille femme qui les élève avec amour, elles sont inéluctablement liées par une partie commune de leur corps mais le partage est inégal, disproportionné : L’une, Hawa, belle comme le jour, a deux jambes et un seul bras. L’autre, Toumbou ( ce qui signifie « asticot » en langue vernaculaire) a poussé sur la hanche de sa plus que moitié. Elle n’a pas de jambes et ses doigts sont trop courts pour tenir un stylo. Son pied unique et minuscule a bourgeonné sur la cuisse de Hawa. Elles possèdent un seul anus et un vagin pour deux. C’est dire si toute intimité est compromise. Leurs humeurs et leurs émotions rejaillissent l’une sur l’autre, Hawa, la jolie, devient vite le souffre-douleur de Toumbou, l’intelligente, qui vit en partie camouflée sous le boubou de sa sœur, les caractères divergent jusqu’à l’opposition, une cohabitation obligatoire, douloureuse, une symbiose difficile, deux côtés d’un même être, le bien, le mal, deux visions de l’Afrique ? Peut-être y a t-il plusieurs lectures de ce livre qui peut être considéré comme une fable réaliste...

L’iguifou, nouvelles rwandaises de Scholastique Mukasonga (Rwanda) - Gallimard, 2010

5 nouvelles de différente intensité mais toutes poignantes sur des instants de vie au Rwanda. Le titre, l’Iguifou, c’est la faim qui occupe les pensées, qui creuse le ventre des enfants. Cependant, l’écriture est souple, simple, légère, sans pathos, les histoires qui pourraient être terribles et qui le sont bien sur sur l’âpreté de la vie, la faim, la peur, sont cependant agréables à lire et pleines de lucidité et d’empathie pour tous les tutsi qui ont vécu le drame rwandais. Ce sont aussi des histoires d’enfants ou racontés à hauteur d’enfants avec sincérité et une certaine naïveté qui permet une respiration bienvenue.

J’ai cru qu’ils enlevaient toute trace de toi de Yoan Smadja (Rwanda) - Belfond, 2019

C’est encore un récit sur le Rwanda, celui-ci n’est pas autobiographique, c’est un livre de fiction alimenté par des bases solides. l’auteur a recueilli les témoignages de ses collègues, journalistes et humanitaires présents sur le terrain.
Le parti pris est très intéressant car on entre dans le conflit par une porte détournée, l’Afrique du Sud où un des personnages féminin principal, Sasha, journaliste, découvre le commerce organisé des machettes en transit pour le Rwanda, donc en amont des évènements. Le regard de chaque protagoniste est analysé sous le biais du récit romanesque mais avec une précision redoutablement efficace. Ambassade, journalistes, politiques, rapatriement des colons, des étrangers laissant sur place leurs collègues et serviteurs tutsis tout en sachant parfaitement ce qui les attendait.
Le deuxième personnage principal est Rose, tutsi, muette et poète, mariée à un médecin tutsi, engagé auprès de la résistance tutsi auprès de Paul Kagame. par sa correspondance, elle nous laisse entrevoir toutes les facettes du Rwanda colonial, au début avec tendresse, bonheur, puis plus interrogatif, plus émouvant au fur et à mesure que les évènements tragiques s’enchaînent.

Les lettres de Rose apportent la touche de poésie nécessaire à la lecture, les atermoiements de Sasha aussi qui n’arrive pas à écrire ses articles...

C’est un livre qui, là encore, pose question sur le rôle de la France.

Passage des larmes d'Abdourahman A. Wabéri (Djibouti) - Jean Claude Lattès, 2009

Encore un livre difficile à résumer, multiple, foisonnant d'idées et de formes. Plusieurs récits s'entrecroisent. Djibril, revient dans son pays pour une mission de renseignements. Il a quitté Djibouti des années plus tôt, dans des circonstances qu'on devine douloureuses. Froid et déterminé au début, il se laisse submerger par ses souvenirs. Un autre personnage, énigmatique, enfermé, prisonnier, fanatique semble tout connaitre de ses faits et gestes et le menace d'une vengeance implacable pour s'être éloigné des valeurs de la religion et vivre parmi des infidèles.. Des lettres de Walter Benjamin viennent éclairer (ou complexifier) le récit, ....

A la fois un exposé géopolitique, un livre d'espionnage, une variation sur l'exil, une dénonciation du fanatisme religieux, un journal intime. Impossible à définir. Tout cela à la fois et bien plus encore. On se perd et plus on avance dans le livre, plus on est pris au piège de la narration et de l'envie d'en apprendre encore davantage sur Djibouti tout en voulant savoir ce qui va arriver au personnage principal.. Au niveau de l'écriture, on navigue aussi entre plusieurs formes dont surgissent des descriptions et des images extrêmement poétiques