Gap -   Hautes-Alpes

Des vents contraires

Olivier Adam

Ed. de l'Olivier, 2008

 

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Paul et ses deux enfants, Manon et Clément, quittent leur maison pour aller s'installer à Saint-Malo où Paul a passé son enfance et où il va retrouver son frère et sa femme. Un drame a anéanti cette famille : Sarah, la mère des enfants, n'est plus là : elle a disparu un jour, sans aucune explication et sans donner de nouvelles depuis.

Paul et les enfants sont anéantis : rien ne peut colmater leur blessure. Clément, le garçon rieur et plein de vie avant, se mure maintenant dans le silence. Manon, la petite fille, pleure souvent en réclamant sa maman et fait d'horribles cauchemars. Quant à Paul, il se sent impuissant et le désespoir ne le quitte guère :
"Non je ne m'en sortais pas, ici j'avais cru trouver un second souffle, un répit, mais le poids était trop lourd, chaque jour apportait son lot d'emmerdes, me cassait le dos, me brisait les membres. Quant aux enfants, je ne savais plus quoi faire, ils se contrôlaient mais au fond ils étaient détruits. Quelque chose en eux s'était brisé que rien ne pourrait jamais réparer. On n'y pouvait pas grand chose, les marges de manoeuvre se réduisaient de jour en jour et il fallait se résigner à se tenir auprès d'eux, à les accompagner le moins mal possible, à leur apprendre à marcher avec un trou dans le coeur et du vent dans la poitrine".

Car ce sont ses enfants qui lui permettent de survivre, l'amour qu'il a pour eux . Olivier Adam a beaucoup de talent pour parler de cet amour d'un père pour ses enfants et des instants furtifs de bonheur qu'ils volent à ce vide qui les engloutit. Beaucoup de talent aussi pour décrire la mer, véritable personnage dans le roman : la mer refuge qui console, qui apaise, qui gronde, qui accueille quand la douleur est telle que plus rien ne peut vous atteindre, qui lave des souvenirs douloureux.
"J'ai marché vers le large et c'était comme s'enfoncer dans la nuit pour ne plus jamais revenir. Tout sentait la pluie, l'iode et la terre gelée. Sarah se tenait là, invisible et mouillée, je sentais sa présence auprès de moi, sa main dans mon cou, ses doigts frigorifiés qui jouaient sur mon ventre. L'escalier plongeait dans le vide, le vent sifflait dans les herbes accrochées à rien. J'avançais vers des flots invisibles et perdus dans le ciel noir, le ventre tordu et la poitrine serrée dans un étau. Il s'est mis à pleuvoir, des gouttes lourdes comme des balles, je me suis laissé trouer, transpercer, je me suis laissé laver de fond en comble, jusqu'à ce que Sarah s'en aille, son visage et son corps, et l'empreinte que creusait son absence".

"Des vents contraires" est un très beau roman où le désespoir voisine avec la tendresse, où les personnages sont capables de réagir pour contrer la douleur de ceux qu'ils aiment : "Je l'ai prise dans mes bras. Je ne savais plus que faire. Les mots manquaient, ne restaient plus que les gestes". Paul ne sait plus qu'ouvrir les bras pour que Manon vienne s'y blottir. " Manon a déboulé dans mes pattes et ses yeux brillaient comme du quartz, on aurait dit qu'elle venait de pleurer. J'ai préféré ne rien remarquer, elle s'est pendue à mon cou sans rien dire, un vrai petit singe, elle me serrait comme si un océan nous avait séparés des journées entières, laissés sans nouvelles l'un de l'autre".

Paul luttera jusqu'au bout contre ces "vents contraires" et verra enfin s'estomper les menaces qui pesaient sur sa famille, même s'il sait que la tristesse de l'absence ne s'effacera jamais.