Une jeune femme se souvient : près d'elle, quatre cahiers dont les récits s'entrecroisent. Trois ont été écrits par son père, un par elle-même, quinze ans plus tôt alors qu'elle n'avait que 14 ans.
"J'avais 14 ans quand il est parti"
En 1969, son père, Peter March, s'est lancé dans une folle aventure : participer à la première course autour du monde en solitaire et sans escale. Il pensait avoir mis toutes les chances de son côté : son bateau était un trimaran révolutionnaire , bourré d'innovations, que lui-même avait construit ; il était un marin reconnu ; il emportait avec lui du matériel électronique qui, pensait-il, pouvait faire la différence...
Les premières heures en mer avaient été euphoriques : "Je pars à la rencontre de mon rêve.... Je deviens en quelque sorte, le maître du temps car c'est moi qui fixe les repères".
Mais après la première nuit à bord, un sentiment bizarre l'envahit, une extrême faiblesse qui l'empêche d'assurer les tâches essentielles pour faire avancer rapidement le bateau. Les problèmes et les difficultés vont se multiplier, très vite il se rend compte qu'il est impuissant et qu'il ne peut faire face : "J'avais rêvé de contrôler et de décider, et je me retrouve à la merci de l'impondérable et de l'inattendu. Je me sentais en quelque sorte rejeté, méprisé, presque humilié". Alors il va imaginer une énorme supercherie : il va inventer sa position pour faire croire qu'il progresse. Mettant son bateau en pilotage automatique, il abandonne toutes les tâches quotidiennes, toutes les réparations à faire sur un bateau à la dérive et s'enferme dans sa cabine pour écrire, pour dire ce qu'il ressent : comment émerge en lui un être nouveau, comment il se sent plonger dans une sorte d'introspection en quête de son moi profond, où la folie côtoie la raison...
Et ce sont ces carnets que sa fille va découvrir quinze ans plus tard pour enfin comprendre ce qui s'est réellement passé, un violent affrontement entre son père et l'océan .
Forte de son expérience de navigatrice, Isabelle Autissier connait les mots pour parler de l'océan, de l'angoisse de l'homme livré à une extrême solitude, des doutes qui l'envahissent quand on vit "isolé, si longtemps, la peur au ventre", quand on accepte de s'affronter à soi-même parce que la mer offre "ce décapage mental qui permet de distinguer l'important de l'éphémère".
Ce roman s'inspire d'un fait réel : lors du premier Golden Globe, en 1969, un des engagés dans cette course en solitaire, Donald Crowhurst, avait inventé lui aussi sa position pour faire croire que tout allait bien. Et la réalité l'avait lui aussi rattrapé.