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Moscou, en 2028, Opritchnik ? C'était le nom donné aux membres de l'Opritchina, la terrifiante milice d'Ivan le Terrible au XVIe siècle, et dont les symboles étaient une tête de chien et un balai. Andréï Danilovitch, dit Komiaga,un officier, fait partie de cette confrérie dans la Russie de 2028 imaginée par Vladimir Sorokine. On va suivre une de ses journées : Lui, comme les autres opritchniks fait régner la terreur dans une Russie qui a coupé tout lien avec l’extérieur. Il va par ex éliminer un aristocrate gênant en le pendant à un arbre de sa propriété que l’on va brûler, va avec tous ses partenaires, violer la femme de cet opposant (c’est la coutume !), et les enfants seront envoyés dans une sorte de foyer. D’autres sévices seront à l’honneur : on fouette les intellectuels en place publique, on brûle les livres. Après il prendra le temps d’aller faire ses prières dans une cathédrale et de participer à d’obscures cérémonies qui s’apparentent bien souvent à des orgies. Tous ces rituels sont accomplis sous les ordres d’un souverain violent et corrompu, une sorte de tsar tout puissant qui ne se montre jamais mais que l’on sent toujours là, caché derrière des outils technologiques d’espionnage ultrasophistiquées.
Une fois encore Sorokine utilise la violence extrême, nous fait plonger dans une sorte de folie. L’univers dans lequel il nous plonge est à cheval entre un univers ultra sophistiqué où la technique et le progrès économique règnent en maître et un univers médiéval où règne la barbarie féodale. Provocation ? Sans doute mais ce dont il nous parle c’est de la nouvelle Russie, une Russie dont l’avenir est vu comme un retour au passé : c’est la Grande Russie d’Yvan le Terrible, une Russie nationaliste repliée sur elle-même par haine de l’Occident et où on utilise la religion, une religion d’état pour asseoir sa toute puissance.
Est-ce là un roman d’anticipation puisqu’il est situé en 2028 ? Quand on sait combien ses relations avec le pouvoir en place actuel, celui de Poutine bien sûr, sont très mauvaises, on ne peut s’empêcher de penser que c’est bien de la Russie actuelle qu’il parle et des méthodes totalitaires mises en place par Poutine. Par la terreur et l’appui des forces religieuses, n’est-il pas en train d’installer une forme de servage qui nous renvoie à Yvan le Terrible, même si existe encore une certaine liberté bien fragile ? Aujourd’hui la parole est encore libre, mais pour combien de temps ?
Il y a eu à Moscou des manifestations anti-Sorokine (on a jeté un de ses livres dans une cuvette de wc), parce qu’il fait partie de cette génération d’écrivains qui dérange. Parviendront-ils à imposer cette parole qui dérange, une parole qui est un acte de résistance ? Il a dû faire face à des procès, en particulier à cause d’écrits jugés pornographiques. Mais il a une place importante dans la littérature russe, une littérature qui est une véritable arme de guerre : le rythme effréné qu’il utilise est nouveau et sa liberté de ton est bien particulière.
Il se vend bien en Russie.
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