[…]
Vous souvenez-vous de la fraternité avec le livre d’Alexandro Barrico : Soies :
La sacralisation d'un tissu magnifique et sensuel,
La lenteur, la lenteur des saisons et du temps immuable.
Une histoire d’amour et de guerre,
Une alchimie merveilleuse,
Un travail de tissage de fils impalpables.
Des voyages longs et dangereux..
Ces mots ont été écrits à propos de « Soies »
Ces phrases parlent de l’écriture. Il nous faut en infatigable tisserand, chercher le mot à mot, le sens littéral de ce que nous voulons dire de soi et du monde.
Littéralement, il nous faut retranscrire « L’instant de la sensation vraie ». C’est « L’angoisse du gardien de but au moment du penalty »(1)
Ne nous y trompons pas, si c’est une affreuse impatience, un territoire de doute, c’est aussi un délicieux tourment. C’est une attente amoureuse, vous êtes maître du jeu. Peu importe le temps, l’attente est un élément du désir.
Atteindre le mot juste, être enfin dans la surface de réparation. Le métier d’écrire est une pratique musicale, un état d’artisan, d’ajusteur. On rassemble des maux épars, des émerveillements, des lassitudes, des espérances. On tisse nos savoirs aléatoires, nos anamnèses impondérables, nos épousailles et nos deuils. Nos états atmosphériques.
J’écoute souvent la météo marine. J’aime la litanie des lieux, des instruments de mesures, des phares et balises qui diffusent la force du vent, la visibilité, l’état des mers.
Le métier d’écrire, c’est rendre visible ce qui advient sous la dictée, ce magma, cet informulé, cet inarticulé, ces bois flottés, ces phrases qui s’imposent, ces commencements qui mot à mot vont ordonner le récit.
Les moments où l’on est en amour où l’on naît à l’amour. On ne peut pas dire, ce qui chez l’autre a provoqué, permis l’état amoureux. Une multitude de signes impalpables, une alchimie, qui jour après jour se tissent d’exaltation, d’effarement, de gratitude, d’inquiétude.
La peur de la perte occupe aussi l’espace de l’attente. La confiance survient, disparaît, refait surface.
Littéralement l’incertitude de l’écriture, est un états passionnel, une intranquilité. Mais On ne peut pas se dérober à l’injonction d’écrire.
(1) Peter Handke
Pour mieux connaître Virginie Buisson

Lisez l'entretien qu'elle a accordé à Littera 05 dans "La trame des jours" n°13
"Entretien avec Virginie Buisson"