Gap -   Hautes-Alpes

La trame des jours n° 16

"Les enfants " - Noëlle Revaz

 

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"Les enfants"
une nouvelle inédite écrite par Noëlle Revaz
pour "La trame des jours" - Octobre 2007

(Début de la nouvelle)

On vit dans la maison bleue. Ce n’est pas notre maison mais on y passe notre enfance. Nos pieds et nos voix retentissent, les directeurs sont obligés de s’énerver et de nous gronder, ce qui est tout à fait normal, même avec des enfants très sages. Madame Morceau nous dirige, avec son mari. Des maîtres viennent la journée. On a quatre cuisinières. Le lierre est plein d’escargots.Voici maintenant ce qui arrive. Aujourd’hui on se réveille et Madame Morceau nous dit : ce matin, les enfants, j’ai quelque chose à vous dire. Elle nous rassemble dans la cour, Monsieur Morceau pensif est silencieux derrière elle. La directrice est gentille, ses mots coulent, elle reprend : j’ai quelque chose à vous dire. Elle promène ses yeux sur nos têtes. Bien qu’on soit nombreux elle peut mettre un nom sur chacun de nous. Elle n’a pas besoin de crier pour obtenir du silence, seulement agrandir ses yeux. Sa voix est calme : les enfants, je dois vous dire, aujourd’hui n’est pas un jour ordinaire. Quelques uns se mettent à jouer, mais Madame Morceau poursuit : il y a grève des employés et personne ne va venir vous veiller. Nous-mêmes en tant que directeurs il faut que nous allions parlementer avec le corps des maîtresses. J’espère que vous comprenez. Il y a du pain sur la table. Je vais vous sortir le beurre. Ne mettez pas la confiture sur vos pyjamas s’il vous plaît. En outre je demande aux plus responsables de s’occuper des tout petits. Vous pouvez jouer dans la cour mais ne passez pas la grille, je serai de retour à l’heure pour vous faire une bonne purée, les patates ont été cuites hier et il ne reste qu’à les écraser avec du beurre comme vous l’aimez. Surtout n’ayez pas de crainte il n’y aura pas de muscade, je sais comme elle vous répugne. Si je ne rentrais pas à l’heure -ce n’est pas pour vous effrayer- mettez-vous s’il vous plaît au lit sans faire de difficultés. Si a fortiori je n’étais pas non plus de retour à l’occasion du souper, vous trouverez des céréales à l’emplacement ordinaire. Que ce ne soit pas équilibré j’en suis pleinement consciente et je compte bien à l’avenir vous faire cuire des repas sains, mais dans le cas où je serais retenue, versez du lait dans vos bols et faites je vous le demande attention à ne pas en disperser dans l’ensemble du réfectoire. Les grands voudront bien nouer leurs bavettes aux petits. On s’assoupit dans le calme, ce n’est pas parce que je m’absente qu’il faut jouer à la foire d’empoigne. Un mot encore pour la télé. Si quelques uns parmi vous s’avisent de la regarder je le saurai immédiatement en vérifiant si elle est froide. Je penserai beaucoup à vous. Il est possible que je ne sois pas là pour vous border mais je viendrai faire des câlins dès que je serai de retour même si vous dormez, c’est promis. Dans l’éventualité de petits soucis dans les lits, vous savez où sont les armoires, il y a bien assez de draps, mettez les sales au lavage, en bas à la buanderie. Une dernière chose importante : j’ai mis là-bas des numéros, vous pouvez toujours appeler lorsque vous avez un ennui, oui s’il arrive la moindre chose, vous composez ces numéros, vous pensez que vous saurez lire, bien sûr que oui, vous n’êtes plus des bébés, vous êtes capables de vous en sortir, je suis fière d’avance de savoir comment vous vous êtes amusés et comme le temps a vite passé, comment vous vous êtes occupés pour une fois sans vos directeurs. Je n’oublie rien, je vous embrasse, sachez que vous êtes avec moi, partout où je vais je vous emporte, partout où je suis vous êtes aussi et ma tête est toujours ici. Vous avez peur d’être tristes. Allons, c’est bon, je vous l’autorise, vous pouvez allumer la télé, mais seulement un quart d’heure c’est promis les enfants et pas une seconde de plus et ne regardez pas cette série, vous me promettez que vous ne regarderez que des émissions pour enfants, et pas de mangas s’il vous plaît, j’insiste parce que j’ai remarqué que vous dormez mal par la suite et vous voulez venir dans mon lit, ce qui est bien sûr utopique (...)

Lisez la suite de la nouvelle dans "La trame des jours" n° 16 .

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