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Je dis hivers et aussitôt il se fait un grand silence. Posé au-dessus ou au-dedans de moi, ample et floconneux comme un nuage. Un silence tout blanc dans un matin tout blanc, très doux et très pur. Une coulée de silence venue de bien plus loin que ma mémoire, traversée de vibrations à peine, à peine bleutées.
Et puis, debout derrière la vitre, une petite fille qui se laisse envelopper dans ce silence comme dans un manteau de laine. Un édredon plutôt, plumes de cygne, bouleversantes de tendresse.
Le jour n'est qu'une esquisse. Il n'y a plus de midi. Plus de déclin ni d'apogée. Seuls quelques frissons de lumière parcourent le temps uniforme. Cela pourrait être l'éternité. Rimbaud l'avait déjà retrouvée dans la mer mêlée au soleil. Bien sûr, c'est une évidence. Mais elle se tient là aussi.
Dans l'immobilité et le silence des hivers imaginés.
Car ces matins de givre et de brume, je ne les ai pas vécus. Forcément. Dans mon pays, les offensives de l'hiver sont discrètes et brèves. Il se retire très vite, comme intimidé, vaincu par la toute puissance des soleils africains. Ces matins de givre et de silence, je ne les ai pas vécus et pourtant j'ai dans la gorge, très précis, le souvenir d'une douceur répandue sur les toits et les pierres grises de la cour, la fraîcheur de la vitre ruisselante de buée sous ma joue, et ce désir si fort de m'élancer au dehors pour tracer des signes noirs dans le paysage noyé de blancheur. J'entends encore le crissement de mes pas dans la neige. Semblable au crissement d'une plume. Je sais qu'il me suffirait de tremper mes doigts dans toutes les nuits de mon enfance pour en barbouiller le ciel. Et cela, jamais rien ne pourra l'effacer.
Oui ce doit être cela l'éternité. Elle est là, tout entière contenue dans cette insupportable douceur de l'écriture.
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